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Note d'atelier



 


LE GESTE CREATEUR NOUS APPARTIENT


La mise en évidence du processus qui mène à la création se trouve explicitée après des phases successives d’essais renouvelés. C’est une façon d’induire les principes d’une méthode expérimentale liée à l’utilisation de la lutherie électronumérique.

Entrer dans le matériau sonore par soi-même pour mieux en définir sa potentialité contribue à développer le sens premier du créateur.

Les tâtonnements répétés font émerger l’aspect musicien d’abord dans un processus de recherches en fonction de nos propres perceptions. En d’autres termes, il prend conscience des rapports qui le lie à la musique.

Sans oublier que le geste du créateur ou de l’interprète est une fonction du temps, l’approche de la composition doit permettre d’explorer les développements temporels. Cette conscience et cette appréhension de l’espace-temps sont relatives et il appartient à chacun de les percevoir au mieux.

Cette première phase d’explorations constitue la matière nécessaire à la mise en jeu d’un terrain d’échange et de confrontation de nos perceptions afin que tout créateur puisse s’affirmer dans sa conception du développement unitaire.

L’unité est dépendante du moment de vie (musical) qui transparait comme une évidence. Certaines logiques « d’écritures » qui nous habitent, fortement influencées par notre acquis culturel, peuvent venir renforcer le propos de ce développement.

Mais le plus souvent l’expérimentation et la mise en situation mènent à la découverte de « l’élément fort » appelé CONTOUR PERTINENT porteur de toutes les données synthétiques qui ont contribuées à générer un moment musical.

Ce contour pertinent nous appartient. Il existe parce que nous existons.

Il peut faire l’objet après analyse de toute une série de développements engendrés par des principes à différents degrés de déterminations.

C’est à partir de ce moment qu’il faut bien noter les deux façons d’agir et mettre en évidence les deux attitudes liées au temps.

En effet, le contour pertinent est apparu lors de l’exécution en direct (lors de l’expérimentation). Cette attitude relève du temps réel. Les instants de départ et d’arrivée sont confondus, les aspects analytiques et synthétiques sont superposés.

L’exploitation ensuite du contour pertinent lors des développements à venir est lié au degré de détermination du principe utilisé, le rapport à la musique est différé par « l’écriture ». Cette attitude relève du temps différé. Ce temps différé est plus ou moins long. Il dépend du degré de détermination.

Le créateur oscille sans cesse autour de ces deux attitudes :
le temps réel, le temps différé.

Le rôle du compositeur est de choisir au bon moment et pour ce faire il faut développer cette capacité d’analyser en temps réel (pour diminuer le temps de réponse due à la mémoire). Par contre, « l’écriture » permet au contraire de développer les facultés d’analyse et de synthèse sur un temps « dilaté » ou la pensée et la mémoire sont sollicitées. C’est un autre aspect de notre être qui est touché par le temps différé, la pensée.

L’œuvre naît lorsque ces deux tendances se trouvent relayées. Le temps perçu et le temps pensé sont en coïncidence. Les différentes données appartenant à ces deux principes s’effacent pour laisser place à la définition même de l’idée, de l’expression, de la vie.

L’acte créateur se cultive. Pour cela il faut se donner les critères d’analyse nécessaires à la prise de décision pour retenir les valeurs d’expressions qui nous appartiennent et nous plaisent. Ce n’est pas réducteur. Il ne tient qu’à nous d’ouvrir cette nouvelle dimensions. « On ne fait que ce qu’on s’autorise ». (Lacan).

La prise de conscience du processus qui mène à la création implique donc de se fixer chacun ses propres repères. La curiosité se perd de nos jours. Les Valeurs musicales « muséographiques » sont en général fixées par copie (reproduction mécanique). Le studio est un outil au service de la recherche, de la composition, de la musique, où l’instrumentiste occupe une place de plus en plus omniprésente.

La création exige de découvrir soi-même. Elle n’implique pas de découvrir l’impossible : « J’en ai assez d’entendre parler de Picasso. Juste au moment où je crois être sur la bonne piste, je m’aperçois que ce salaud l’avait déjà parcourus » - (J. Pollock 1940).

Février 1986
Pierre Vasseur