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Entretien - Tutti


 

L'antre de Pierre Vasseur

Une butte sur la plaine de Flandre, rendez-vous des cyclistes et des... radio amateurs. C'est là qu'est installé Pierre Vasseur, version moderne du savant Cosinus élevé dans les jupes de Pierre Henry et Iannis Xenakis.

TOUS ceux qui fréquentent les studios de danse et les scènes de théâtre de la région ont forcément croisé un jour ou l'autre, même sans le savoir, Pierre Vasseur. Il y a fort à parier qu'ils ont entendu une musique de ce compositeur qui peut se targuer d'avoir produit une soixantaine de créations depuis 10 ans. Il s'agit pour une part d'albums discographiques, et d'autre part de musiques de scène pour le cinéma, le théâtre et la danse. Ses "clients" : Gigi Caciuleanu (Théâtre chorégraphique de Rennes), Jean-Luc Godard (King Lear), le Théâtre de la Licorne, Marcel Azzola, pour un disque intitulé "L'accordéon dans les airs", avec Marc Perrone et Casilda Rodriguez, le Musée d'art moderne de Chicago, le Center of art de San Francisco, ...
Si vous avez la chance d'être accueilli dans l'antre de Pierre Vasseur, vous découvrirez en premier lieu l'installation radio du ... Porte-avions Clémenceau ! Rassurez-vous, il n'est point question d'intelligence avec je ne sais quelle puissance étrangère, plus simplement d'une installation trop ancienne pour répondre aux exigences du contexte géostratégique, mais bien suffisante pour faire le bonheur d'un "moduleur". Pierre Vasseur a en effet gardé de son passé d'ingénieur ce goût bien particulier de la communication en ondes courtes. Il l'a conjugué avec ses études au CNSM de Paris pour devenir un compositeur comme on les imagine aujourd'hui : le génie échevelé perdu au-milieur de ses partitions et son piano est remplacé par un petit bonhomme trônant au centre d'une cohorte de consoles et de potentiomètres qui ravale le mélomane moyen et ses rudiments de solfège au rang de spectateur ignorant.

Et le musicien-ingénieur est évidemment un "jusqu'au boutiste" de l'esthétique sonore. C'est pourquoi Pierre Vasseur met actuellement la dernière main à "son" studio, à nul autre pareil.

Difficile en effet d'aller plus loin dans l'exigence de la restitution du son puisque ce studio est construit dans une petite maison, au premier étage, pour laisser à deux énormes pavillons de grave en ... béton, intégré dans la masse de l'architecture du bâtiment. Pierre Vasseur s'est transformé pour la circonstance en coffreur boiseur, afin de couler deux formes elliptiques qui ressemblent vaguement à des gros klaxons de poids lourds, et dont l'orifice débouche dans le studio même. Le reste de l'installation est bien sûr à l'avenant : pas d'esbrouffe, pas de cascade de watts ou de décibels, mais un ensemble conçu dans ses moindres détails pour offrir une véritable présence musicale.

Inutile de préciser que Pierre Vasseur est devenu un expert pour donner un avis sur la qualité de l'enregistrement des disques, vinyl ou laser, et le verdict est souvent inattendu.

Ainsi, le CD est loin d'être exempt de reproches, et certains vieux 33 tours soutiennent encore largement la comparaison, pour peu qu'ils aient été soigneusement manipulés. Et le Béotien devient tout à coup expert. On "entend" le fouillis d'un orchestre capté trop approximativement : on situe au contraire l'emplacement de chacun des interprètes d'un ensemble de musique de chambre.
Il s'agit bien évidemment d'un studio de travail, conçu suivant les goûts et les choix de son initiateur, mais le test est imparable.
Pierre Vasseur est avant tout un explorateur de la structure sonore. On s'en rendra compte dans le CD qu'il vient de fabriquer sur son installation et d'éditer, intitulé "Le sens caché 100 mystères", inspiré de la peinture de Nicolas de Staël (Purple Frame) et de Gérard Titus Carmel (Lacertae) et des toiles de Picasso à New York (Le sens caché).

Frédéric Baillot


Le studio de Pierre Vasseur :

Installation à amplification de classe A, pavillons de grave en béton sur cellules Altec. Moteurs à compression. Monitoring à charge pavillonnaire. Sensibilité de 20 à 20 000Hz. Respect de la linéarité. Référence écoute : contrôle Master. Electronique PPG. Synthèse, échantillonnage, hard disk. Magnétophone 8 pistes Otarie.

Les créations 1993-94 :

Le sens caché 100 mystères : CD

Purple Frame : création le 11 décembre à Calais

Crash ! Art implants reject emotions (Caire) : installation au Brooklyn Museum jusqu'au 31 décembre 93 ; Center For the Art, mai et juin 94, San Francisco

Linda : Commande d'Etat, ministère de la Culture d'après "La guitare" de Michel Del Castillo, 7, 8, 9, 10 février 94, le Biplan, Lille (21h)

Misère : Théâtre La Licorne d'après Charles Deullin ; 24 février au 27 mars 94, Théâtre Paris-Villette

Evénement urbain : Théâtre La Licorne, manifestation liée à l'inauguration du Tunnel Transmanche (le Channel-Scène nationale) Calais, les 2, 3, 4, 5, 6 et 7 mai 94